Baidu

Un article de SRC Bordeaux.

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Baidu.com, encore un colosse aux pieds d’argile ?


Napoléon Bonaparte a dit un jour «Quand la Chine s'éveillera, le monde tremblera». Prés de deux siècles plus tard on peut aisément dire que sa vision est en passe d’être exhaussée. La Chine, avec ses 1,3 Milliards d’habitants, sa croissance à presque deux chiffres et sa bouffée de capitalisme, gagne petit à petit du terrain sur nos fiers marchés économiques. Il apparaissait évident que le pays du soleil levant se tournerait un jour vers les technologies de l’information et de la communication. Le régime communiste présent dans le pays pouvait-il se permettre de laisser émerger un vent nouveau de liberté grâce à Internet ? Les spécificités du mandarin allaient-elles endiguer l’évolution de la communication sur l’Internet chinois ? La censure ferait-elle son apparition ? Pour développer et analyser tous ces points j’avais besoin d’un symbole fort du nouvel Internet Chinois, le plus connu des moteurs de recherche chinois : Baidu.com


Présentation de Baidu

Baidu, dont la signification littérale, décrit la recherche persistante de l'idéal. Baidu a choisi un nom chinois poétique parce qu'ils veulent que le monde se rappelle de leur héritage. Ce moteur de recherche exclusivement disponible en langue chinoise est coté en bourse. Créé il y a six ans par deux chinois (Robin Li et Eric Xu) après un séjour d'étude et de travail aux États-Unis, Baidu est un moteur de recherche alimenté par les revenus publicitaires en ligne (son modèle d'affaires est calqué sur celui de Google). D'après certaines sources, Baidu contrôlerait 37% du marché chinois des recherches par Internet. La Chine dispose du deuxième réseau Internet au monde, après les Etats-Unis, avec plus de 100 millions d'internautes. Et sur ce marché, cette société chinoise occupe une position dominante, avec une croissance de prés de 200 % par an...


« Made in china »

Baidu n’est rien d’autre qu’un outil de recherche sur le web constitué de "robots", qui parcourent les sites à intervalles réguliers et de façon automatique en suivant des liens. Chaque page identifiée est alors indexée dans une base de données, accessible ensuite par les internautes à partir de mots-clés en dialecte chinois bien entendu. Pour l’instant le site répertorie seulement les pages écrites en mandarin. Le moteur propose de nouvelles fonctionnalités de recherche aux internautes plus riches que celles de Google, organisées autour de la recherche (web, annuaire, images, mp3, news, films, recherche local, wap, pda), les services de communauté (chat, le Postbar) et l'optimisation de recherche (search ranking, le dictionnaire, la recherche locale Desktop également disponible pour les entreprises). Coté technologie peu d’informations filtrent, notamment sur la manière dont sont indexées les pages, il serait aisé pour webmaster peu scrupuleux d’exploiter ces informations pour berner les « robots » des moteurs de recherche.


« L’ange gouverné par des démons »

Baidu : 90 millions de visiteurs pour 100 millions d’internautes

Baidu est un moteur de recherche, c’est le premier outil qu’un internaute novice ou expérimenté utilisera pour rechercher du contenu. Rien que cette propriété là, le rend par essence vectrice de liberté. Chacun étant libre de créer le contenu qui lui plait, charge ensuite aux moteurs de recherche de répertorier ces informations selon leur pertinence et ensuite de les fournir aux internautes. Ceci est bien sur valable dans un pays où la liberté d’expression est acquise par la population. Hors, comment un pays au régime totalitaire comme la Chine pouvait tolérer l’accès à l’information surtout quand celle-ci devenait dissidente.

La Chine avait 103 millions d'internautes au 1er semestre 2005, + 20% / au 1er semestre 2004, ce qui représente 8% du nombre total d'internautes dans le monde ... (Source : China Daily)

Lorsque vous recherchez des images de Tienanmen vous tombez sur des photographies touristiques depuis un moteur de recherche Chinois (même Google.cn), aucune de ces photos ne faisant référence au massacre de Tienanmen). Vous ne trouverez que très peu de contenu sur Taiwan, ni sur le nom de l’auteur dissident Liu Xiaobo, les dirigeants Chinois se réservant le doux plaisir de choisir ce qui est bon ou mauvais pour l’information destinée à sa population.

Image:baidu5.JPG

La raison du succès de Baidu, selon ses dirigeants, est qu’ils collaborent avec les autorités communistes à la censure des informations politiques sensibles. « Une fois par mois, les responsables des principaux sites chinois se réunissent dans une salle de conférence, du Bureau d’information, à Pékin, où un représentant du gouvernement vient leur dire ce qu’ils doivent ou ne doivent pas publier sur leurs sites. Tous les géants d’Internet en Chine sont présents, y compris le représentant de Yahoo! », rapporte « Salon Magazine - San Francisco»

Mais incapable de tout surveiller, le gouvernement chinois s’est donc engagé dans une stratégie de dissuasion de contenus. Au terme de la réglementation mise en place par le pouvoir, les éditeurs de sites web et les fournisseurs d’accès sont tenus pour responsables de la diffusion de toute information sensible (comme les droits de l’homme, le Dalaï-lama, Taiwan ou le mouvement spirituel de Falungong).

« En tant que société opérant localement, nous devons nous soumettre à la loi chinoise. Si la loi décide qu’une information est illégale, nous devons la retirer de notre index » Robin Li

Baidu entend la loi d’une oreille mais pas de l’autre, l’entreprise collabore volontiers avec les autorités lorsqu’il s’agit de filtrer le contenu dissident, mais ce « google chinois » propose la recherche de musique et ne se soucie guère de la légalité ou non de ses sources. La direction confirme sans sourciller que Baidu est bien accusé de violations des droits d'auteur de centaines de chansons." Et pourtant dans un communiqué, le moteur de recherche chinois a assuré qu'il "s'est toujours fait l'avocat de l'amélioration de la protection des droits d'auteur sur l'Internet et est en discussion avec les parties concernées". Une déclaration pour le moins surprenante. Il ne propose pas de fichiers directement mais « seulement » des liens vers des sites le proposant. Bref une histoire de robot faisant du zèle. D’ailleurs aucune mention apparente sur le site Internet ne semble indiquer qu'il est illégal de rechercher et de télécharger gratuitement de la musique en ligne. Le site propose même une page récapitulative des 500 titres les plus téléchargés de quoi être sur de n’en oublier aucun. Néanmoins on pourra remarquer que la très grande majorité des titres proposés sont Chinois, vous n’aurez pas la chance de retrouver Lorie ou autres chanteurs d’un jour : bonne nouvelle pour les majors. Mais Baidu était encore en procès contre les majors il y a quelques mois. Quand a la ligne de défense de Robin Li, elle n’en reste pas moins risible“Il faut comprendre que nous sommes un moteur de recherche. Nous n’abritons aucun contenu. Nous nous contentons de diriger les gens vers des renseignements accessibles à tous. Nous ne violons donc aucun droit d’auteur”. On croirait entendre un responsable d’une société de P2P.

Le succès de Baidu s’explique aussi par le fait que le moteur de recherche peut faire la différence entre les noms chinois à deux ou trois caractères, ce qui lui permet de donner des résultats plus précis que ses rivaux. Des forums liés aux recherches les plus fréquentes ont aussi été crées. Les internautes tapant le nom d’une vedette de la chanson peuvent aussi bien partager leurs opinions à son sujet que trouver des sites qui s’y rapportent.

« Capitaliste mais pas trop »

Baidu n’est devenu bénéficiaire qu’il y a quelques mois. Au quatrième trimestre 2005, les revenus du groupe ont atteint 14.2 millions de dollars. Sur l'exercice fiscal 2005, Baidu a engendré des revenus atteignant 39,6 millions de dollars, soit une croissance de quasiment 172 % par rapport à l'exercice 2004.. Le modèle économique de Baidu est classique et similaire à celui de ses concurrents. Les revenus sont générés par des liens publicitaires contextuels.

Moins de 8 % des foyers sont connectés à Internet.

Le deuxième réseau au monde derrière les Etats-Unis. Un potentiel phénoménal qui aiguise les appétits des géants de l’Internet. L’ogre google ne s’y trompe pas, il multiplie les propositions de rachat, et prend part dans le capital de l’entreprise à hauteur de 4% ou 2,6 % selon les sources. Parmi les autres actionnaires, la nouvelle coqueluche du Nasdaq compte actuellement, la société de capital-risque américaine Draper Fisher Jurvetson (à hauteur de 28 %) ainsi que le groupe de presse et d'études de marché américain IDG (International Date Group).

Baidu.com : le sixième site le plus visité au monde.

Du coté des marchés financiers Baidu a réussi à dégager une capitalisation de 4 petits Milliards de dollars, bien loin derrière les quelques 80 Milliards de super Google. La première cotation de l’action « BIDU » fixée à l'ouverture le 5 août 2005 à 27 dollars, a fini la journée à 122,54 dollars, ce qui représente une très légère performance de près de 354 %, digne des heures de gloire de la bulle Internet... En cours de séance, le titre s’est payé le luxe de monter à 151,21 dollars. Le cours actuel étant actuellement proche des 50$.

Image:baidu3.JPG Baidu arbore sur son logo une étiquette du NASDAQ (marché des valeurs technologiques de New York) pour célébrer son entrée en bourse


Le cours actuel de Baidu sur Boursier.com

Baidu se révèle être le nouveau fleuron de l’Internet chinois, tant par la qualité de ses services que grâce à son désir de satisfaire les intérêt de son pays. Le moteur de recherche chinois après avoir montré qu’il était le maître de la terre du milieu se verrait bien dans les années à venir concurrencer Google sur son propre terrain de jeu. Baidu parviendra t’il a s’émanciper des principes de censure de son gouvernement? Peut-être le jour où il aura décider de s’attaquer au monde…

Références

Le site de Baidu

Baidu traduit par Google en anglais

Le site Corporate de la sociéte traduit en Français par Google

Une musique traditionnelle chinoise pour l'ambiance (libre de droit)

Remerciements : Jonathan Watts - Robert de Raux-Cran - Jean-Claude Quiniou

John 28 mar 2006 à 00:41 (CEST)